« La Fiancée importée » , par Necla Kelek

C’est une histoire de moka et de fiancées vendues que raconte Necla Kelek dans un livre en partie autobiographique. Elle y dénonce les mariages forcés et arrangés en cours dans la communauté turque d’Allemagne. Necla Kelek a remué le marc au fond du café turc. Elle y a lu le destin amer de ses concitoyennes, parfois des fillettes, mariées de force ou par arrangement familial. Originaire d’Anatolie, la sociologue Necla Kelek raconte dans « La Fiancée importée » comment le modèle du harem (son arrière grand-père fut le fournisseur du harem du sultan) a survécu. Et comment cette tradition a voyagé avec les Turcs en Allemagne. Elle tente d’y mettre un terme en soutenant un projet de loi dans le Bade-Wurtemberg, actuellement discuté au Parlement fédéral. C’est un premier pas contre ces unions négociées argent comptant autour du moka, servi les yeux baissés par la promise ramenée du pays. Cette pratique symboliserait « l’échec » de l’intégration. Echec dû à une certaine xénophobie ou à des structures défavorables aux étrangers? En partie seulement, les vraies causes sont ailleurs, assure l’auteure dont les positions heurteront les loyaux défenseurs des étrangers.

Votre parcours raconte un douloureux chemin vers la liberté.
J’avais dix ans quand je suis venue d’Istanbul en Allemagne. J’avais appris l’allemand. Je m’y sentais chez moi. A ma puberté, mes parents m’ont interdit tout contact approfondi avec mes camarades de classe allemands, mes professeurs, l’Allemagne. Pendant quatre ans, je ne voyais la vie qu’à travers la fenêtre de mon appartement. Un jour, j’ai cessé d’obéir à mon père. Il y a eu l’éclat. Je savais dès lors que je ferais mon chemin toute seule. Mon père est parti et ma mère m’a laissé étudier. Cela m’a sauvée. Mon histoire est celle de beaucoup d’enfants d’immigrants turcs. Je veux qu’elle leur donne le courage de prendre leur vie en main.

Un mariage sur deux dans la communauté turque allemande est, selon vous (il n’existe pas de statistiques d’envergure), arrangé ou forcé…
Le Coran dit: « Mariez les célibataires! » Selon ce précepte, les parents doivent marier leurs enfants aussitôt que possible. Ces derniers ne choisissent ni leur conjoint, ni le moment ni le lieu de leur mariage.

Selon vous, une majorité de Turcs ne se sont pas intégrés. La responsabilité de cet échec est-elle partagée entre Turcs et Allemands?
L’Allemagne a longtemps pensé qu’une société moderne était attirante pour d’autres cultures. Lorsque ce modèle ne fonctionnait pas, on affirmait devoir respecter l’altérité. C’était oublier que certaines cultures sont encore moyenâgeuses et se moquent des droits individuels. La partie des migrants qui n’a pas pu ou voulu bénéficier de la modernité, qui a refusé d’apprendre l’allemand, s’est retranchée dans son environnement familier, ses us et coutumes, et dans sa base culturelle, l’Islam. Ils ont reproduit leurs structures villageoises anatoliennes et empêché leur intégration et celle de leurs enfants.

En dénonçant la « tolérance aveugle des gauchistes et des libéraux », ne renforcez-vous pas les réflexes xénophobes et identitaires?
Je reproche simplement aux Allemands de ne pas assez s’identifier avec les acquis de leur démocratie et de ne pas être assez prêts à la défendre.

Un renforcement légal contre le mariage forcé suffira-t-il?
Une loi doit indiquer à ces familles les limites et leur dire: « Vos agissements sont contraires aux droits humains. » Aussi sévère soit-elle, une loi n’empêchera pas le mariage forcé mais contraindra les consciences.

La Turquie doit-elle adhérer à l’Union européenne?
Pour moi, l’UE est une union de valeurs et non un club économique. Cela inclut en premier lieu l’égalité de la femme dans tous les domaines.
Ça m’énerve quand les Européens distribuent des notes sur les progrès de la démocratie en Anatolie comme s’ils s’acquittaient d’une tâche éducative. Non, la société turque doit d’elle-même vouloir la démocratie et l’égalité. Mais voyez le premier ministre (Recep Tayyip Erdogan, ndlr) dont la femme se cache sous un fichu, et qui arrange les mariages de ses enfants! Je doute sérieusement qu’il agisse dans le sens éclairé européen. Vu la difficulté d’intégration de deux millions de Turcs en Allemagne, on peut prévoir combien celle de la Turquie dans l’UE sera problématique.

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2 Réponses to “« La Fiancée importée » , par Necla Kelek”

  1. Liliane Says:

    J’ai lu la fiancée importée et je félicite son auteur pour son courage . J’ai enfin compris pourquoi L’islam était incompatible avec la modernité et pourquoi les musulmans n’arrivaient pas à s’intégrer. Je suis d’accord tant que les Turcs ne sont pas prêts à accepter la démoncratie et l’égalité ils n’ont pas à rejoindre l’Europe. D’autre part pratiquement toutes les filles sont victimes des mariages forcés. Je ne comprends toujours pas les mères qui on subi elles-mêmes cette pratique dans la souffrance et l’humiliation continuent à maintenir cette tradition en l’imposant à leurs filles. Décidement cette religion est formatée uniquement pour le bien être masculin . Heureusement que quelques rebelles ont décidé qu’il fallait que cela change cela prendra certainement du temps mais elles finiront par y arriver . Je le souhaite de tout mon coeur.

    • Anonyme Says:

      « D’autre part pratiquement toutes les filles sont victimes des mariages forcés. »
      Non, vous mettez tout le monde dans le même panier, ce qui est grave et faux.


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